Les fraises d’Europe passent à la casserole

Les fraises d’Europe passent à la casserole

Chez les gourmets et gastronomes, la plus plébiscitée des fraises, neuvième fruit le plus consommé dans notre pays, est assurément d’origine française.

Paradoxe de la rareté, alors que nous ne jurons que par la Mara des Bois, à partir de Juillet, la Garriguette, de mars à mi-juin, autre Plougastel ou encore Charlotte, de mi-mars à mi-novembre… la grande majorité des fruits que nous consommons arrivent tout droit de chez nos cousins espagnols dont nous critiquons ouvertement voire violemment les méthodes.Les fraises d'Europe passent à la casserole

Je me suis donc rendue en Andalousie, dans la province de Huelva, à la découverte de la filière Fraises d’Europe, (Interfresa –Asociación Interprofesional de la Fresa Andaluza) pour tenter de mieux comprendre.

des fraises génétiquement modifiées

FAUX

Certains aiment à qualifier ce fruit de « trafiqué ». Il est bon de rappeler les faits en la matière.

La fraise d’Europe n’est pas le fruit d’une transformation ou d’une quelconque évolution génétique mais bel et bien d’une hybridation, tout comme le sont comme les variétés françaises.
En Espagne, comme en France, les fraises sont le fruit de croisements entre plusieurs espèces existantes, connues pour leurs qualités spécifiques, et capables de répondre à la double exigence  : demande des consommateurs et productivité.Les fraises d'Europe passent à la casserole

avec un taux de pesticides dépassant les limites

FAUX

La fraise, au sens générique du terme, se trouve au 5ème rang des fruits les plus sujets à l’utilisation de pesticides (source DGCCRF). Elle est, en effet, très fragile et très prisée des nuisibles.

La DGCCRF, administration française relevant du Ministère de l’économie, source, fiable et tangible, a étudié des fraises vendues sur le marché français produites chez nous et l’étranger. Résultats à l’appui, les taux détectés sont en dessous du seuil maximal de résidus autorisés par l’Europe.  

S’agissant des fraises produites en France en 2016, sur 43 contrôles réalisés chez des agriculteurs, 1 lot était déclaré non conforme soit 2,33% des sujets (source : dgal_-_bilan_pspc_2016) – Des mesures qui s’entendent avant conditionnement et transport.

Ces dernières années, de nombreux médias et blogs se sont s’appuyés sur l’ Enquête EXPPERT II : Des pesticides interdits et des Perturbateurs Endocriniens (PE) dans des fraises 2013 menée par  Générations Futures pour dénoncer l’utilisation abusive de pesticides de nos voisins. Certes 78,26% des échantillons espagnols étudiés étaient positifs contre 65,38% pour les échantillons français mais la différence constatée n’est pas si grande ! En outre, là encore, les résultats restent en dessous des seuils fixés par la loi, exception faite de quatre contrevenants. 2 producteurs français utilisaient de l’endosulfan. Deux producteurs espagnols avaient utilisé du carbosulfan, deux substances complètement interdites. Ajoutons enfin que 3 autres échantillons français sur 26 étudiés (11.53%) et 2 autres espagnols sur 23 étudiés (8.69%) contenaient des substances actives (SA) autorisées respectivement en France et en Espagne mais pas pour la culture de la fraise (sources génération futures –  actu-environnement).

Par Arrêté du 3 juillet 2013, le gouvernement autonome d’Andalousie a approuvé, le Règlement Intégré sur la Production de Fraises. Ce texte annonce comme une pratique agricole obligatoire, dans la mesure du possible, la lutte contre les ravageurs et les maladies par des méthodes biologiques, biotechnologiques, culturelles, physiques et génétiques avant tout contrôle chimique. 

Vous l’aurez compris y voir clair en matière de pesticides est très compliqué, et les études fastidieuses et compliquées à décrypter. D’immenses intérêts économiques sont en jeu.

Force est de constater à date que France et Espagne ne sont pas si éloignées l’une de l’autre et qu’il nous faut toutes deux faire mieux dans ce domaine.

*(LMR) quantités maximales attendues, établies à partir des bonnes pratiques agricoles. Il existe une LMR pour chaque fruit, légume ou céréale et chaque pesticide, 

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cultivées sous serre

VRAI

Là encore, ici comme ailleurs dans le monde, les producteurs tentent d’accroitre leur productivité.
Les serres protègent des mauvaises conditions climatiques susceptibles de provoquer la perte de la récolte ou certaines maladies. Elles dressent également barrière aux animaux trop voraces et variations brutales de température.

Est bon de cultiver sous serre ? Il semble que ce système de serres multi-tunnels rencontrées en Andalousie soit adapté pour répondre à la demande de volumes.

Les vraies sujets de réflexion qui se posent sont ceux liés à l’énergie utilisée pour chauffer les serres quand elle le sont, à l’eau, aux pesticides et naturellement au recyclage.


hors sol

VRAI ET FAUX

Comme en France, en Péninsule Ibérique, les cultures se font en pleine terre, sur tapis de plastique ou hors sol. Cela dépend des exploitations, des variétés cultivées et des choix du producteur. En France le hors sol a la faveur des producteurs. Cette culture, en hauteur dans des substrats, évite les maladies venues de la terre (maladies telluriques) mais ne favorise pas le goût.

Quant au fait que ces fraises aient été cultivées en plein sol sur des sablières, passées chaque année avant plantation au bromure de méthylène désinfection, ces faits se sont avérés vrai avant 2010. Depuis cette date son utilisation est interdite. J’ai néanmoins pu constater que les allées étaient dépourvues d’herbes folles. Le sol a été donc été traité ou changé, ou aménagé.

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néfastes pour l’environnement

VRAI

De nombreuses associations « vertes » dénoncent les champs poubelles concentrés dans la région où je me suis rendue. Certains y ont découvert les reliquats de serres et autres plastiques usagés abandonnés par certains agriculteurs peu scrupuleux. Ce n’est pas acceptable. A la question de savoir si cette pratique était toujours d’actualité, j’ai posé directement la question à l’association Interprofessionnelle de la Fraise Andalouse (Interfresa).
Voici ce qui m’a été répondu :

Le plastique utilisé, de type classique, a une durée de vie de 2 saisons de production. Son recyclage, désormais soumis à subvention, doit être pratiqué par tous. En fin de vie, les agriculteurs doivent le ramener à un point de recyclage. « S’ils ne recyclent pas le plastique, ils sont punis .
Les choses semblent donc progresser.

Quant au point de savoir si les producteurs braconnent les terres du Parc National de la Donaña, écosysteme protégé, pour agrandir leurs zones de production, aucune réponse m’a été apportée à cette date par Interfresa. Dommage il aurait été intéressant de savoir si la situation a évolué ne serait-ce qu’un peu ces dernières années.

Le manque de temps me fera passer le point très important de l’eau. Même si le gouvernement Andalou a réglementé l’usage et responsabilisé chacun, ce sujet est à étudier. La fraise demande en effet beaucoup d’eau. Elle est donc sujette au vol et contribue à grande échelle à l’assèchement de la zone du Parc Naturel.

cueillies avant maturité complète

VRAI

Ne nous voilons pas la face, vous le constaterez sur mes photos, les fraises sont cueillies quelques jours avant leur pleine maturité avec une bonne partie de blanc près de la feuille. Pour arriver entières et pouvoir se conserver quelques jours, sans se gâter, pas d’autre moyen. Entre la cueillette et l’expédition s’écoulent au maximum 24h et 48h voir 72 maximum.

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produites industriellement

VRAI ET FAUX

Sur les parcelles visitées les récoltes se faisaient à la main. Par la suite après expédition quotidienne à l’usine, les fruits de table sont séparés de ceux destinés à l’industrie ( calibre non souhaité, de forme différente…., défaut esthétiques). Pendant la phase de conditionnement et bien que cette étape soit très moderne, le nombre de personne vues travaillant sur les lignes était beaucoup plus important que fantasmé.

Certes, les salaires espagnols sont moins élevés qu’en France, je ne reviendrai pas là dessus, et les conditions de travail sont très dures mais c’est également le cas dans de nombreuses autres cultures, travaux, qu’en général en France comme en Espagne les locaux préfèrent déléguer aux saisonniers venus de l’étranger.

La fraise d’Europe est produite et livrée en quantités industrielles mais sa culture demande toujours une main d’oeuvre qui m’a semblée importante.

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moins gustatives que les françaises

VRAI

Si d’extérieur les fraises d’Europe sont plus dodues et qu’à l’intérieur des progrès ont aussi été fait, les fraises d’Europe n’affolent pas les papilles. Arômes, sucrosité, textures sont moindres, c’est indéniable. A force de vouloir plaire à tout le monde, la standardisation gagne du terrain et l’essence du goût se perd. Je n’ai pas mangé d’excellentes fraises sur place.

L’excellence en grande quantité, à prix bas, je n’y crois pas.

concurrence déloyale

VRAI ET FAUX

La période de fructification de la fraise espagnole précède actuellement celle de la française. Néanmoins, avec l’allongement des périodes de production et l’évolution du climat, celle-ci peuvent se retrouver en concurrence directe.

Les premières fraises d’Europe arrivent sur les étales dès janvier et ce jusqu’à fin avril. Après cette date le produit se fait moins stable et devient moins exportable. La fraise française envahit alors le marché, de mai à juillet.

Côté coûts de production, ne nous mentons pas, la main d’oeuvre en Espagne est bien moins chère.

à prix bas

VRAI

Main d’oeuvre moins cher comme vu juste au dessus, productivité maximale, sont les principaux facteurs explicatifs de ces prix canons.

D’un côté, la majorité des consommateurs, via la grande distribution, demande des fruits parfaits. Une belle taille, homogènes, d’une belle couleur, pouvant se conserver longtemps et bien étendu le moins cher possible. De l’autre, une minorité se réveille et est prête à payer le prix. Elle demande du goût, et donc de la proximité, du respect de l’environnement et du social (rétribution normale des agriculteurs).

Les fraises d'Europe passent à la casserole

Vous l’aurez compris, la fraise d’Europe n’est pas toute blanche. Elle n’a pas non plus de quoi rougir. Sans doute poussé par l’opinion publique et les autres pays de la communauté européenne elle semble avoir avancé.

Critiquer, contester, crier plus fort que le voisin sont choses faciles. Chaque acteur doit être responsabilisé, avec en premier lieu, la grande distribution. Précautionneusement cachée derrière son rôle de grand défenseur du pouvoir d’achat elle aimerait bien nous faire avaler n’importe quoi.

Quant aux consommateurs que nous sommes, nous avons le choix ! Chacun est, plus que jamais en 2018, conscient et responsable de ses actes.

Pour conclure sur une note plus goûteuse, les fraises d’Europe seront parfaites cuisinées/transformées à un excellent coût. A croquer, je recommanderais la française. Elle reste gustativement plus élaborée, plus savoureuse. Sa palette de variétés est en outre bien plus large. N’oubliez pas que des labels officiels existent pour vous aider dans vos choix : bio, IGP, Label Rouge…

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